Accompagnement sophrologique de la douleur

La prise en charge de la douleur est un problème sociétal (extrait simplifié).

par Fabrice, février 2017. Mis à jour en octobre 2020

La prise en charge non médicamenteuse de la douleur est efficace

Si la sophrologie est apparue dans les années 60, sa reconnaissance par le corps médical est très récente, essentiellement depuis qu'on l'inclut dans ce qu'on appelle maintenant les MAC : Méthodes Alternatives et Complémentaires que l'on applique aux techniques « non médicamenteuses » de gestion de la douleur.

Ayant eu l'occasion de rencontrer les équipes de soins palliatifs à plusieurs reprises dans différents établissements de santé en Languedoc-Roussillon – terre d'accueil des retraités - je peux témoigner de l'évolution progressives des mentalités y compris en milieu hospitalier. Dans ce département, les demandes sont très fréquentes, et vont l'être de plus en plus au vu du vieillissement de la population. Actuellement environ 16 % de la population française à plus de 80 ans. Ce chiffre pourrait atteindre 24 % en 2050. La douleur est source d'anorexie persistante, de perte d'autonomie et de dépression.

Le sophrologue fait face à des symptômes très divers : douleurs chroniques, douleurs aiguës, avec des tableaux plus ou moins précis. Nous allons présenter quelques techniques spécifiques et déterminer les douleurs auxquelles on peut les appliquer.

D'abord il faut être persuadé que la prise en charge non médicamenteuse de la douleur est efficace. Il suffit de voir par exemple le plan gouvernemental pour la prise en charge de la douleur (le plan 2006 - 2010) qui nous précise que le traitement médicamenteux ne constitue pas la seule réponse à la demande des patients douloureux : les techniques non médicamenteuses existent, les professionnels et les usagers les reconnaissent comme efficaces et on voit apparaître en toutes lettres pour la première fois les termes méthodes psychocorporelles ou comportementales, hypnose, relaxation et sophrologie.

La prise en charge non-médicamenteuse de la douleur n'est pas que l'apanage des médecins : dès 2009 la lettre « infirmières et douleur » consacrait déjà tout un dossier sur la relaxation et la sophrologie pour le soulagement de la douleur.

C'est donc maintenant une technique qui commence à être validée dans le milieu hospitalier et que l'on commence à utiliser de façon beaucoup plus large dans nos cabinets.

Tentons une définition de la douleur :

  • c'est une expérience sensorielle,

  • c'est dans le corps,

  • c'est vécu,

  • c'est une sensation,

  • c'est également une émotion désagréable,

  • ça fait suite à une lésion.

Cette lésion est assez particulière : c'est une lésion tissulaire qui peut être réelle, qui peut être potentielle ou bien simplement ressentie sans que l'on sache expliquer pourquoi on souffre, pourquoi on a mal.

La douleur est une expérience subjective : il n'y a que le client qui sait comment il a mal et où il a mal. D'où l´importance lors du premier rendez-vous, de bien savoir, de bien délimiter les choses, de prendre conscience également que le somatique et le psychique sont intimement liés et que parfois les examens peuvent être négatifs. C'est malheureusement souvent la source d'une problématique dans le milieu médical : il peut exister une dénégation de la douleur du patient en lui faisant comprendre très gentiment que ça se passe ailleurs…

Il y a quatre grandes composantes à la douleur, sur lesquelles nous pouvons agir en sophrologie :

  • une composante sensorielle : on souffre dans le corps, il y a un endroit où ça fait mal, ça une forme, ça un volume,

  • une composante cognitive qui vient souvent aggraver la composante sensorielle : pourquoi je souffre, cette douleur-là peut-être que je l'aurai constamment, cela peut aussi être lié à la culpabilité …,

  • une composante émotionnelle avec tout le côté désagréable, le côté émotion très forte qui s'ensuit,

  • une composante comportementale : ça peut être le repli pour une personne âgée alitée, pour une personne active le retrait des activités sociales et familiales, les arrêts de travail, etc .

Différents types de douleurs

On connaît en général la douleur aiguë : c'est la douleur qui arrive assez brutalement, en général depuis moins de 3 mois. Elle peut avoir un rôle utile : c'est la douleur alarme, comme lorsque l'on pose la main sur la vitre brulante du four par exemple.

Mais il y a aussi la douleur chronique : douleur qui dure depuis souvent plus de six mois, c'est une « douleur maladie » c'est à dire qu'il y a tout un système qui se met en place dans la douleur chronique qui vient également embrasser toute la composante comportementale, affective et émotionnelle de la personne, et même semble-t-il anatomique. Il semblerait qu'on ait même des modifications dans le cerveau lorsque l'on souffre longtemps : au bout d'un an, un an et demi, on ne sait pas si c'est lié à la dépression sous-jacente, on a l'hippocampe qui diminue légèrement.

Classification des douleurs selon le mécanisme physiopathologique :

  • La douleur nociceptive : c'est la douleur par accès de nociception.

Par exemple lors d'une chute, vous vous faites très mal, c'est une douleur nociceptive : on stimule de façon très forte tous les récepteurs qui sont en lien avec l'algie, avec la douleur.

  • la douleur neuropathique : c'est une composante qui a longtemps été déniée.

C'est lorsqu'on a une atteinte du système nerveux central ou périphérique, souvent suite à des douleurs qui durent longtemps. Par exemple pour des personnes diabétiques : un peu comme si le sucre venait grignoter- c'est une image- les différents faisceaux nerveux. Elle provoque des douleurs assez particulières comme des fourmillements, des brûlures, des sensations de membre pris dans un étau...

  • les douleurs psychogènes : il n'y a pas de lésion décelable.

Elle est souvent associée à une problématique psychologique, mais savoir si la problématique psychologique est en amont ou en aval, n'est pas forcément facile. On y a longtemps classé la fibromyalgie, jusqu'à ce qu'enfin on arrête de la considérer comme une maladie purement psychologique.

L´approche multifactorielle

On peut découper les différentes MAC - les méthodes alternatives et complémentaires - en trois grandes séries de techniques selon qu'elles agissent au niveau central, au niveau périphérique ou au niveau beaucoup plus local :

  • relaxation, sophrologie, hypnose, groupes de paroles, psychothérapie et antidépresseurs ou anti épileptiques,

  • la morphine et ses dérivés, la kinésithérapie, la rééducation, l'acupuncture, le sport et la diététique,

  • et enfin en local : paracétamol, anti-inflammatoires, anesthésiques locaux et les TENS (stimulation transcutanée).

Il faut bien prendre conscience qu'il y a moins de 10 ans, face à la douleur, il n'existait pour seule réponse qu'un arsenal médicamenteux avec trois classes : paracétamol / les paliers 2 de l'OMS avec le tramadol etc / la morphine en numéro 3 !

Quelles pistes pour une prise en charge des douleurs en sophrologie ?

Selon les cas, l'intervention du sophrologue peut se faire à son cabinet, au domicile du client (hospitalisation ou retour au domicile), ou encore en structure (cas le plus fréquent). Le corps médical ou l'entourage peuvent apporter de précieuses informations, mais le sophrologue interviendra toujours avec prudence et conformément à son code de déontologie. Le protocole sera adapté aux capacités du client, dans tous les domaines. La durée des séances, et plus encore, leur programmation autant que possible en dehors des phases les plus algiques, nécessite une forte adaptabilité du sophrologue.

Celui-ci pourra mettre en œuvre plusieurs techniques-outils, que nous présentons ici regroupés en 3 familles :

  • les techniques de défocalisation : comment faire pour essayer de porter le regard ailleurs que sur cette douleur, on va écouter autre chose,

  • les techniques de focalisation : je vais porter non pas mon regard matériel mais simplement mon attention sur cette zone douloureuse, tranquillement, éventuellement en vue de la transformer,

  • les techniques de réinterprétation en rapport avec la composante cognitive évoquée plus haut.


Les techniques de défocalisation

D'une trop grande écoute, on va simplement avoir une moindre écoute de la douleur et même éventuellement y substituer une autre écoute ailleurs. Plutôt que de rester focalisé sur une douleur, de s'en imprégner, de continuer à la ressentir jusqu'au bout, il va s'agir ici de déplacer la focalisation liée à la douleur, chronique ou aiguë, pour aller vers une autre écoute, vers une autre région du corps et s'ouvrir à d'autres perceptions sensorielles, voire à d'autres ressources. Il s'agira à cette occasion de stimuler tous les sens du client et de le « saturer » de perceptions pour l'emmener sur une autre écoute.

C'est la technique de référence pour la douleur aigüe, mais elle peut s'appliquer également aux douleurs chroniques. Autre intérêt de cette technique : gérer l'anticipation anxieuse d'un client. Un soin ponctuel, ou même une simple toilette quotidienne peut être vécue de manière anxieuse par un client qui, deux heures avant, commence à anticiper et à déjà mal. Confronté à des soins quotidiens, il est important qu'il puisse se gérer en autonomie. Il en est de même pour des clients cancéreux qui ont des pics algiques qui peuvent arriver à tout moment. Pour nos clients, les occasions quotidiennes de faire preuve d'autonomie sont souvent rares et donc précieuses.


Comment ça marche ?

Tout simplement grâce à ce qu'on appelle la « substance P », P comme pain (douleur en anglais) qui est un neurotransmetteur.

En effet, ce neurotransmetteur facilite l'influx du passage douloureux et il peut être bloqué par la morphine, aussi bien par la morphine que l'on prend par voie orale que la morphine secrétée naturellement par notre corps : les endorphines.

C'est une des composantes de régulation de la douleur que nous avons tous en nous et qui est mobilisable en sophrologie. Lorsque nos clients maîtrisent la technique, ils sont capables de libérer des endorphines qui vont inhiber la libération de substances P. Conséquence : ils deviennent moins algiques.

Les techniques de focalisation

Ce sont les techniques de prédilection pour aborder les douleurs chroniques.

Basées sur la théorie de la résilience, elles vont consister à effacer progressivement les tensions inutiles.

Les techniques :

  • focalisation sur la zone douloureuse,

  • focalisation sur la zone douloureuse en essayant de modifier la sensation.

Habituellement, en sophrologie nous ne travaillons pas sur le négatif, sauf à l'expulser, alors pourquoi focaliser sur la zone douloureuse ? Je ne suis pas ma douleur : il m'appartient de choisir la relation que j'ai avec elle. Il va s'agir d'une concentration sans tension sur la zone, on va oser s'approcher tout simplement de la douleur. D'ordinaire c'est elle qui nous maîtrise, c'est elle qui nous a envahi, on est quasiment devenu cette douleur. On n'ose même plus la regarder, c'est elle qui nous regarde. En osant venir regarder ma douleur je reprends la main sur elle, j'ose dire « je te vois ma douleur, ce n'est plus toi qui me regarde », cela peut parfois la rendre plus supportable psychologiquement.

Extrait du poème Recueillement (Charles Baudelaire) :

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

C'est seulement ensuite que l'on pourra passer en focalisation avec modification, mais pourquoi vouloir modifier la sensation ?

La douleur chronique entraîne souvent une sidération. Pour atteindre l'objectif de notre client, une fois profondément relaxé, il va falloir introduire un changement, donc la zone douloureuse va pouvoir être perçue modifiée : elle peut diminuer, migrer, se transformer et devenir moins agressive : on modifie progressivement la sensation.

Du point de vue neurophysiologique, comment ça marche ?

Nous avons induit le bien-être, donc ici aussi c'est la substance P qui interagit. De plus, les neurosciences nous apprennent qu'on ne peut pas avoir deux sensations qui passent sur le même canal. Par exemple, si on place de la chaleur dans un canal on ne peut pas avoir en même temps de la douleur, donc on vient éteindre la sensation douloureuse en voulant lui substituer une autre sensation plus agréable.


Techniques de réinterprétation

Le sens donné à la douleur a un rôle très important sur l'expérience de la douleur : c'est l'aspect cognitif que nous avons déjà abordé.

Pour les douleurs purement fonctionnelles : après une période de stress pendant une semaine, avec des lombalgies, notre client nous dit en avoir « plein le dos ». En faisant verbaliser « j'en ai plein le dos » nous venons de lui faire prendre conscience de la cause de cette douleur et nous allons pouvoir lui faire prendre conscience du pourquoi de cette douleur et éviter de chroniciser le phénomène.

Pour les douleurs psychogènes : il est important de mettre des mots, des images sur la douleur pour accéder à cette souffrance sous-jacente et lui donner un porte-voix pour qu'elle puisse s'exprimer. Mais il faut la faire parler avec délicatesse, attendre également que le client soit prêt. La technique de réinterprétation ne convient donc pas aux douleurs aigues, nous la réservons aux douleurs chroniques. Si la douleur est liée à un geste (médical ou non, la toilette, etc), il est important de donner le sens de cette douleur (soin de suite, se sentir propre, être prêt pour une visite de la famille, etc), sinon elle peut engendrer un sentiment d'injustice (pourquoi me fait-on mal ?).

Conclusion

Il est important de rester dans son champ de compétences et qu'une douleur soit diagnostiquée avant toute intervention sophrologique.

Comme toujours, le premier rendez-vous nous permettra de comprendre le contexte du client, son système sensoriel, son vocabulaire, ses expériences précédentes et ses besoins afin d'adapter le protocole aux capacités du client.

On peut retenir schématiquement comme techniques :

  • douleurs aiguës : surtout la défocalisation,

  • douleurs chroniques : essentiellement de la focalisation avec modification,

  • douleurs chroniques très installées : on y ajoutera également la défocalisation pour diminuer l´écoute de la douleur.

Au final la question n'est pas seulement de choisir la bonne technique mais de s'autoriser un certain degré d'ouverture, de créativité, de façon à ce que le client gagne en autonomie et en liberté.

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Quelle place pour la sophrologie en oncologie pédiatrique ?

En structure hospitalière, les possibilités d'interventions de sophrologues externes à la structure existent mais sont limitées (extrait simplifié).


par Fabrice, juillet 2018. Mis à jour en novembre 2020

En revanche un enfant peut retourner à la maison, pendant ou après les traitements.

Le retour à domicile peut se faire de deux façons :

  • L’enfant a fini son traitement. Il peut rentrer chez lui après l’accord du médecin et de l’équipe médicale,

  • L’enfant retourne chez lui pour pratiquer des soins à domicile (SAD) ou y être hospitalisé (HAD).

Si la découverte d'un élément nouveau pose des difficultés à l'enfant et qu’il n'a pas les moyens de le résoudre, la traduction en sera l'anxiété.

« Tout enfant, même le plus normal, est sujet à angoisse » écrivait Freud.

Face à une prise de conscience difficile de son statut de malade, une inacceptation de la réalité, l'incompréhension (pourquoi on me fait mal ?), l'angoisse peut très facilement devenir la compagne de l'enfant.

La sophrologie a tout à fait sa place dans la relation tripartite existant entre l'enfant, ses parents et le corps médical.

L'information des parents

En plus de l'obligation légale (responsabilité juridique), il s'agit de créer une collaboration naturelle. Nous pouvons rencontrer plusieurs cas de figures :

  • Les parents comprennent mal notre travail et veulent intervenir, ce qui place l'enfant en porte à faux,

  • Les parents interrogent l'enfant et veulent que tout leur soit raconté,

  • Les parents nous font confiance et tout va bien,

  • Les parents coopèrent et deviennent partie prenante.

Le sophrologue informera l'enfant de son indépendance par rapport aux parents, sans prendre leur place mais avec l'obligation de leur donner un minimum d'éléments.

Dans ce contexte particulier, il est très fréquent que les parents manifestent un besoin exacerbé de contrôle sur tout ce qui touche de près ou de loin leur enfant.

Si les conditions le permettent, le sophrologue pourra proposer un suivi sophrologique aux parents, mais dans la pratique, c'est extrêmement rare, pour plusieurs raisons. En tout cas, le sophrologue s'abstiendra de recevoir pour un suivi sophrologique les parents de l'enfant et gagnera à les orienter vers un confrère.

Les soins en oncologie pédiatrique

L'installation d'un climat de confiance et l'adaptation du mode de communication à l'enfant font partie intégrante du soin en oncologie pédiatrique. Cela nécessite de concilier rigueur professionnelle, réalisation de soins techniques et adaptation au monde de l'enfance.

Pour relever ce défi, il faut rejoindre l'univers de l'enfant : trouver les mots justes, s'adapter à ses préférences, le distraire et faire appel à son imaginaire pour lui permettre de s'évader. Ces stratégies aident l'enfant à défocaliser son attention du soin, lui permettent de devenir acteur et modifient considérablement son expérience.

En oncologie pédiatrique, le quotidien est ponctué de soins douloureux et anxiogènes. Il est donc nécessaire de prévenir la douleur en utilisant des moyens antalgiques adaptés.

Reconnaître à un enfant la douleur qu'il peut éprouver n'est pas une chose évidente et a longtemps fait l'objet d’un déni du corps médical. Ainsi la science a soutenu que le système nerveux du nourrisson était inapte à véhiculer le message de douleur, jusqu'à ce que la démonstration du contraire soit faite seulement en… 1987 !

De plus, nous savons depuis peu que « La douleur non traitée ressentie précocement dans la vie peut avoir des effets profonds et durables sur le développement physique et social, et entraîner des modifications permanentes du système nerveux qui auront une incidence sur le développement et les futures expériences douloureuses » (Organisme international d'étude de la douleur, 2005).

L'influence de l'anxiété sur la douleur est donc aujourd'hui connue, mais la sophrologie est inaccessible au nourrisson. A minima, l'enfant peut pratiquer la sophrologie à partir du moment où son niveau de langage est suffisant pour comprendre le sophrologue.

Dans l'accompagnement des soins oncologiques, notre objectif de sophrologue est de réduire à la fois la détresse et la douleur de l'enfant. Si le suivi psychologique de l'enfant hospitalisé (en structure comme à domicile) est du ressort des professionnels médicaux, nous pouvons l'accompagner pour lui faciliter son quotidien, ainsi que celui des soignants.

C'est là qu'une démarche non cloisonnée, et ouverte aux évolutions de la technique, confère au sophrologue du courant psycho comportemental le choix d'une multitude d'approches.

Aller à la rencontre des émotions de l´enfant

Nous nous attacherons ici à aller à la rencontre des émotions de l'enfant en amont et pendant les soins, en faisant barrage aux émotions et sensations négatives qui peuvent le submerger.

Qu'il s'agisse de préparer un enfant (et ses parents) à un soin invasif et douloureux, ou de l'accompagner pendant une prise de sang, la détresse émotionnelle gagne à être anticipée par une information adaptée sur la nature du geste envisagée. C'est le rôle des soignants, mais à notre niveau nous pouvons lui apporter notre concours, en coordination avec l'équipe soignante.

En premier lieu, il faut réussir à capter son attention. L'enfant, effrayé par l'univers médical, la perspective des soins - voire anxieux de revivre une expérience traumatisante- est comme coincé dans ses émotions. Dans ces conditions, l'aborder avec des propositions rationnelles, même en lui expliquant pourquoi et pour quoi un traitement ou soin doit avoir lieu, est voué à l'échec.

En accrochant l'attention de l'enfant en amont de la situation anxiogène, on met les chances de notre côté. L'entrée en relation se fera donc sur un mode conversationnel. C'est ici que l'empathie du sophrologue est importante. Mettre des mots sur les émotions de l'enfant et lui faire comprendre que l'on en tient compte, c'est le début de l´alliance thérapeutique : il devient possible de l'accompagner. Les parents sont de précieux partenaires et livrent souvent sur l'enfant des renseignements importants qui aideront le sophrologue à se projeter dans l'univers de l'enfant et à rentrer plus facilement en relation.

Ainsi, avec un jeune enfant, il s'agira de s'allier à ses parents pour lui permettre de défocaliser sur autre chose, en saturant son cerveau de stimulations sensorielles (chansons, caresses, marionnettes…).

Avec un enfant un peu plus grand, on peut le rendre acteur de sa prise en charge, et lui demander comment il aimerait que le soin se déroule, s'il préfère qu'on lui raconte ce qui se passe ou s'il préfère partir carrément ailleurs, en imaginaire ? Donc selon sa réponse, nous pouvons mettre en place une technique d´hypno-analgésie simple, ou pratiquer des visualisations positives ou l'induction d'un lieu réconfortant.

L'installation lors du soin

Prise de sang, injection de produits, prélèvements… pour l'enfant, les occasions sont nombreuses d'avoir peur. Sa bonne installation est essentielle, elle permet :

  • Aux soignants de réaliser un soin dans de bonnes conditions techniques,

  • A l'enfant de vivre le soin avec le moins d'anxiété possible.

Selon la nature du geste et si les soignants le permettent, les soins sont réalisés en position assise ou semi-assise. En effet, en position allongée, l'enfant ne peut avoir qu'une vision partielle de son environnement, et psychologiquement il ressent une contrainte. Bien sûr, cela dépend des capacités de l'enfant et des contraintes du moment.

Par méconnaissance du geste ou par peur d'y assister, certains parents peuvent hésiter à rester présents. Il faut respecter cette position, et tout en restant dans le non-jugement, le rôle des soignants est de leur expliquer qu'ils peuvent s'installer sans voir le soin, prendre l'enfant sur les genoux et le distraire avec l'aide du sophrologue. Ce dernier devra tout de même leur expliquer que durant son intervention, les parents devront être vigilants à ne pas utiliser de termes négatifs, ni à nier l'inquiétude de leur enfant (« ça ne va pas faire mal »…)

Une certaine coordination s'impose donc, dans l´intérêt de tous : le sophrologue pourra par exemple s'installer du côté opposé au soignant, afin de défocaliser le regard de l'enfant du soin. Elle nécessite donc un travail en parfaite collaboration avec les parents et les soignants : c'est une expérience nouvelle pour le sophrologue habitué à travailler en cabinet.

Certains gestes, comme un prélèvement, une ponction, un myélogramme, nécessitent l'immobilité du corps de l'enfant. Or, plus on tente de l'immobiliser, plus il s'agite et renforce son expérience douloureuse, ce qui compliquera davantage les soins futurs. Ici encore, le dialogue avec l'équipe soignante permettra de se coordonner : on recherchera une immobilisation partielle, et quand c'est possible, le sophrologue favorisera le mouvement de la partie opposée à celle qui doit rester immobile.

De l´importance de la communication

Instinctivement, l'enfant peut avoir construit autour de lui sa propre « bulle de sécurité ». Nous devons respecter cette distance, lui laisser le temps et par une communication bienveillante, obtenir son assentiment pour y créer une petite porte.

Les enfants fonctionnent par mimétisme. Un sourire ou une attitude crispée du sophrologue renverront de même, par effet miroir. Le sophrologue gagnera donc à pratiquer quelques respirations avant sa séance.

Pour les enfants comme leurs parents, le langage professionnel des soignants est mystérieux et inquiétant, n'en rajoutons pas ! Notre langage se doit d'être positif et adapté à l´enfant :

  • Pour valoriser l'enfant,

  • Pour induire la sécurité,

  • Pour favoriser la détente.

Nous utiliserons au maximum des mots et métaphores qui invitent l'enfant à s'évader ou se focaliser sur autre chose que le soin. L'univers de l'enfant est l'imagination, le jeu : profitons-en pour glisser des mots qui, par association d'idées, renverront l'enfant à des histoires ou chanson connues. De même, toute référence à la magie éveillera la curiosité de l'enfant et facilitera l'entrée en relation ou le déroulement du soin, notamment pour tout ce que le soignant n'a pas besoin ou intérêt à expliquer.

Place de la sophrologie en oncologie pédiatrique

Le courant psycho-comportemental est un courant « totalement multidisciplinaire qui intègre à sa pratique sophrologique l’utilisation de la PNL (programmation neuro linguistique), des inductions hypnotiques, des techniques de conditionnement et déconditionnement, des techniques cognitives et comportementales… Il prend en compte l’identité, la personnalité de son client ».

Le sophrologue peut adapter sa prise en charge aux peurs et douleurs vécues par anticipation, tout comme à celles ressenties lors des soins. Concernant la gestion de la douleur, la plupart des concepts et techniques sont transposables en oncologie pédiatrique. Dans ses pratiques quotidiennes, le sophrologue met en place des protocoles d'accompagnement sur plusieurs semaines ou mois, et par l'alliance qui se met en place avec l'enfant qui se bat contre un cancer, il lui permet d'affronter son quotidien.

Mais le sophrologue peut également être sollicité pour des besoins ponctuels. Dans ce cas de figure, il déploie des techniques plus proches des inductions hypnotiques pour permettre à l'enfant de mettre rapidement à distance les peurs, les sensations de douleur, les réduire, les modifier, ou s'en protéger.

Grâce aux neurosciences, nous savons comment agissent ces techniques dites « alternatives », les MAC, et leur efficacité est désormais reconnue dans le milieu médical tant dans le domaine des douleurs provoquées par les soins que dans celui des douleurs chroniques.

En pratique ?

L'objectif reste le renforcement du sentiment de sécurité de l'enfant et du jeune adolescent. Dissociation ou association, cela dépendra de l'enfant et de la situation. Pour les jeunes enfants, la dissociation - c'est à dire lui permettre d'être à la fois ici pour le soin et ailleurs- s'impose.

Il existe tellement de contextes différents (d'autant qu'ils peuvent évoluer très rapidement), que nous n'aborderons ici que les grands principes.

L'entrée en relation est cruciale, nous n'avons qu'une seule chance de faire bonne impression, aussi se doit-elle d'être soigneusement préparée avec les parents et les soignants quand les conditions le permettent. Elle a trois objectifs principaux : créer l'alliance thérapeutique, savoir si l'enfant préfère vivre son soin ou préfère plutôt penser à autre chose, et obtenir suffisamment de renseignements pour préparer un lieu où s'évader quelques instants, et ce même si l'enfant a exprimé son choix de suivre « en direct » le déroulé du soin car il a le droit de changer d'avis.

Nous pouvons proposer à l'enfant de faire « partir sa tête ailleurs » pendant le soin. Il lui est peut-être déjà arrivé d'être quelquefois « dans la lune », d'avoir « la tête dans les nuages » : prendre conscience de ces expériences vécues agréablement le rassure.

S'être fait expliquer le déroulement du soin permet au sophrologue d'adapter ses suggestions, et travailler en coordination avec le soignant permet d'éviter que l'enfant quitte l'état modifié de conscience pendant le soin, tout en respectant son rythme : une véritable complicité doit s'installer.

Nous pouvons saturer l'attention de l'enfant en sollicitant ses cinq sens, pour attirer son attention, il faut l'inviter à se focaliser sur quelque chose de ludique, d’attrayant, de relaxant ou d’apaisant. Tout est possible tant que nos propositions lui correspondent. Petit aparté : même les parents les plus réfractaires reconnaissent l'effet hypnotique des écrans chez les enfants…

Les techniques « classiques » de sophrologie sont souvent utilisables en oncologie pédiatrique, à condition de tenir compte du contexte, du développement de l'enfant. C'est tout de même un travail conséquent d'adaptation pour le sophrologue. En outre, il devra tenir compte :

  • De la durée du soin : pour un soin très court ou un geste médical bref, la dissociation doit intervenir rapidement,

  • Du moment où le soin risque de provoquer la douleur, pour mettre en place une métaphore adaptée,

  • Du besoin de l'enfant :

- D'être protégé,

- D'une hypno-analgésie locale,

- Que l'on transforme sa sensation : on utilisera l'induction d'un lieu réconfortant, les métaphores d'atténuation de la douleur, la focalisation sur la zone douloureuse avec modification de la sensation.

Conclusion

Il est important ici aussi de rester dans son champ de compétences et de s'abstenir de toute intervention sans coordination préalable avec l'équipe soignante.

Le temps du sophrologue n'est pas celui de l´urgence, mais il peut y être confronté et doit s'y préparer. Après tout, il a souvent établit une relation de confiance, et ni l'enfant ni ses parents ne comprendraient qu'il ne réponde pas à cette sollicitation.

Enfin, une supervision régulière est nécessaire au sophrologue intervenant dans un contexte d'oncologie pédiatrique.


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